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Kho, Mu-Jeong. (2026, March 02). Work
as Life, Life as Work: Rethinking the Limits of Work–Life Balance in the
Twenty-First Century. Medium. Retrieved
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The French version below is
a translation of the original article above, first written in English, and was
translated by the author, Mu-Jeong Kho.
Le travail comme vie, la vie comme travail : repenser les limites de l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée au XXIe siècle
Par Mu-Jeong Kho
Orcid : https://orcid.org/0000-0002-4545-8731
Email : khomujeong@yahoo.co.uk, khomujeong@gmail.com
Résumé
Cette étude soutient que, sous
le capitalisme tardif, le travail et la vie sont devenus indissociables. En
examinant la quantité, l’intensité et la qualité du travail, elle critique le
concept d’« équilibre entre vie professionnelle et vie privée » et reconçoit le
travail comme un espace de dignité, de capacité et d’épanouissement humain. En
mobilisant la théorie marxienne de l’aliénation, l’analyse wébérienne de la
rationalisation, ainsi que les perspectives institutionnalistes de Veblen et
Polanyi, l’article inscrit les régimes contemporains du travail dans un cadre
historique et structurel plus large. Il soutient que la numérisation, le
capitalisme de plateforme et l’intensification du travail ont brouillé les
frontières temporelles et affectives entre production et vie quotidienne. Si
certaines réformes récentes — telles que la réduction du temps de travail et le
droit à la déconnexion — offrent des remèdes partiels, elles ne traitent pas la
marchandisation plus profonde du travail. L’article propose ainsi un cadre
normatif fondé sur les capacités, affirmant qu’un véritable épanouissement
humain exige non pas simplement l’équilibre entre travail et vie, mais la
transformation du travail en sphère d’agentivité, de reconnaissance et de
justice collective.
Mots-clés : Équilibre vie
professionnelle–vie privée ; Aliénation ; Intensification du travail ;
Capitalisme de plateforme ; Reproduction sociale ; Épanouissement humain
Introduction
La question de l’équilibre
entre vie professionnelle et vie privée est devenue l’une des préoccupations
normatives et politiques majeures du XXIᵉ siècle. Les gouvernements,
les entreprises et les organisations internationales abordent de plus en plus
cette question sous l’angle de la répartition du temps, de la flexibilité et du
bien-être individuel. Toutefois, une telle approche présuppose souvent que le
travail et la vie constituent des sphères séparables dont les frontières
peuvent être ajustées administrativement. Le présent article conteste cette
hypothèse. Il soutient que la crise contemporaine de l’équilibre n’est pas
simplement d’ordre managérial, mais structurel, enracinée dans l’évolution
historique des régimes capitalistes du travail, au sein desquels la production
pénètre de plus en plus la subjectivité, l’affectivité et la reproduction
sociale elle-même.
L’indivisibilité du travail et
de la vie
La distinction entre travail
et vie est, en réalité, bien moins nette que ne le suggère le discours
dominant. Il ne s’agit pas seulement d’une difficulté individuelle à les
séparer ; cette indivisibilité reflète une tendance structurelle — différenciée
selon les secteurs, les classes, les genres et les régions — propre à la
modernité capitaliste, où le travail imprègne non seulement l’organisation
temporelle, mais aussi qualitative et affective de l’existence quotidienne. La
question ne se réduit pas aux heures travaillées, mais concerne également
l’intensité du travail — rythme, pression et densité des tâches — qui peut
rendre des journées plus courtes tout aussi, voire davantage, épuisantes. En
outre, la qualité du travail — autonomie, mobilisation des compétences,
complexité des tâches et possibilités de développement — ne saurait être
ramenée à la seule quantité d’heures.
Comme l’a soutenu Marx dans sa
théorie précoce de l’aliénation, le travail sous le capitalisme aliène le
travailleur non seulement du produit et du processus de son activité, mais
aussi de son essence d’espèce et des autres travailleurs. Weber, quant à lui, a
montré comment la notion de Beruf (vocation) investissait le
travail d’une signification morale dépassant la simple nécessité économique,
tout en soulignant l’extension globale des structures disciplinaires
bureaucratiques. Les critiques néo-marxiennes contemporaines observent que les
plateformes numériques reproduisent l’aliénation par le biais du contrôle
algorithmique, tandis que les approches néo-wébériennes mettent en évidence la
persistance du crédentialisme et des formes bureaucratiques dans les marchés du
travail. Ainsi, aliénation et rationalisation ne sont pas des vestiges du
capitalisme industriel, mais des caractéristiques durables des régimes
contemporains du travail.
Travail, aliénation et
conditions de l’épanouissement
Le travail constitue
l’activité à laquelle les individus consacrent la plus grande part de leur
temps. Si un tiers de la vie est consacré au travail, mais envisagé uniquement
comme un moyen instrumental — un temps à supporter plutôt qu’à vivre — alors la
possibilité d’un épanouissement eudémonique s’en trouve profondément
compromise. Le problème ne réside pas seulement dans la durée du travail, mais
aussi dans son intensité et dans sa capacité — ou non — à offrir un
enrichissement qualitatif.
Adorno et Horkheimer ont
montré comment la rationalité instrumentale réduit l’expérience vécue à la
survie fonctionnelle. Les économistes institutionnalistes rappellent que le
travail est socialement enchâssé : pour Veblen, il exprime à la fois l’instinct
d’ouvrage et la compétition pécuniaire ; pour Polanyi, il constitue une «
marchandise fictive » dont la marchandisation menace le tissu social. Les
analyses contemporaines de la surveillance numérique montrent que l’aliénation
actuelle réside moins dans la durée brute du travail que dans la dépossession
de l’agentivité.
Les théoriciens ultérieurs
élargissent cette perspective : Fraser souligne la sous-valorisation systémique
du travail reproductif ; Graeber critique la prolifération des « bullshit jobs
» ; Hochschild analyse la colonisation émotionnelle de la sphère privée ;
Federici et Weeks mettent en lumière la centralité politique du travail non
rémunéré. Dans la perspective des capacités de Sen et Nussbaum, le défi
consiste à considérer le travail comme un domaine où l’agentivité, la
créativité et l’épanouissement humain peuvent se réaliser. L’horizon d’un
véritable épanouissement suppose donc une reconceptualisation distributive et
qualitative du travail — non pas seulement comme productivité, mais comme
justice, reconnaissance et dignité.
Au-delà de l’équilibre :
capacités, politiques et perspectives d’avenir
L’idéal moderne de l’équilibre
vie-travail demeure important, mais il ne saurait résoudre le dilemme
structurel plus profond. Il s’agit moins de séparer les sphères que de
transformer qualitativement le travail lui-même. L’approche par les capacités
offre ici un ancrage normatif solide : le travail doit être évalué non
seulement selon sa productivité marchande, mais selon les libertés
substantielles qu’il permet — respect de soi, affiliation, imagination,
capacité de planifier sa vie.
Les réponses politiques
illustrent à la fois des avancées et des limites. Le « droit à la déconnexion »
en France, le Kurzarbeit allemand, la directive européenne de
2019 sur l’équilibre vie professionnelle–vie privée, les lois japonaises de
réforme du style de travail, ou encore les infrastructures nordiques de congé
parental montrent des progrès partiels. Toutefois, ces réformes ne remettent
pas en cause la marchandisation structurelle du travail.
Les analyses de Bauman,
Boltanski et Chiapello, Hardt et Negri, Huws, Srnicek ou De Stefano montrent
que les transformations contemporaines brouillent toujours davantage les
frontières entre production et vie. La véritable réponse exige donc un
déplacement normatif vers les capacités et l’épanouissement humain, afin de
redéfinir le travail comme un élément constitutif de la vie, enraciné dans la
dignité humaine et la justice collective.
Conclusion
Reformuler le débat de cette
manière déplace l’attention de la gestion des frontières vers la transformation
structurelle. Si le travail imprègne la subjectivité, la temporalité et la
reproduction sociale, l’objectif ne peut être simplement de protéger la vie du
travail, mais de démocratiser et d’humaniser le travail lui-même. La
persistance de l’aliénation dans les économies numériques et de plateforme
montre que le progrès technologique n’entraîne pas automatiquement
l’émancipation. Une perspective fondée sur les capacités implique des
engagements institutionnels en faveur de l’autonomie, du développement des
compétences, de la gouvernance participative et de la reconnaissance du travail
reproductif.
En définitive, l’avenir du
travail ne peut être assuré par de simples ajustements horaires. Il exige une
reconstitution du travail comme élément constitutif de la vie — permettant aux
individus non seulement de survivre ou d’équilibrer, mais de se développer, de
se relier aux autres et d’agir en tant qu’êtres sociaux pleinement réalisés au
sein de communautés justes et résilientes.
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académique doivent être respectées selon un modèle de la forme suivante :
Kho, Mu-Jeong. (2026, 2
mars). « Work as Life, Life as Work: Rethinking the Limits of Work–Life Balance
in the Twenty-First Century. » Medium. Disponible à : https://medium.com/@khomujeong_26821/work-as-life-life-as-work-rethinking-the-limits-of-work-life-balance-in-the-twenty-first-century-f794e844c36e
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